Metz monumental & pittoresque - édition 1896

Metz monumental & pittoresque
par  A. Bergeret Album de 102 planches phototypie
préface signée de l'abbé COLLIN
clichés de H. PRILLOT
EDITION 1896

Reliure de l'époque 1/2 chagrin à nerfs, dos orné, planches photographiques sur papier fort. D'après des documents du Musée de Metz et des clichés de H. Prillot. Tirage en phototypie de la maison J. Royer à Nancy. Prillot, Bergeret 1896.Une partie des clichés ne sont pas d'Henri Prillot lui-même mais proviennent des fonds qu'il a acheté à Jean Claude Marmand en 1892 et du fond Malardot (1862-1870) qu'il exploita au 7 place de chambre jusqu'en 1907 et même certaines vues sont des frères Collet (avant 1870). Merci à Alain pour les infos.
Préface de l’Abbé Henri COLLIN (dir. Du Lorrain)
Metz, le 29 novembre 1896.

Appelé inopinément à l'honneur de présenter au public ce bel album, nous eu la tâche facile. Nous n'avons coopéré à l’œuvre ni pour sa préparation ni pour son exécution; nous nous sommes trouvé devant un travail tout fait, dû simplement à l’initiative et au talent de l’éditeur, et nous n’avons eu qu’à le parcourir avec attention pour y trouver la discrète et chaude pensée qui a présidé à sa conception; nous nous efforçons de la traduire dans ces quelques pages, sinon avec autant de bonheur, du moins avec fidélité.
Metz s’offre ici à tous avec les charmes de son site, l‘éclat sobre et un peu sévère de ses monuments rappelant tout un long passé de gloire et de souffrances qui ont donné à son histoire, comme au caractère de son peuple, un cachet tout particulier. Est-ce trop dire qu’il y a là pour tous un intérêt puissant et de hautes leçons ?
L’état présent de notre ville, il est vrai, semble tenir ici la plus grande place; mais il est impossible de ne pas apercevoir ce que les choses gardent, incrusté en elles-mêmes, de ce passé aux alternatives bien diverses, qui nous avertit de ne point trop céder aux impressions du moment, mais d’étendre et d’élever notre vue à ce qui domine réellement la vie d’un peuple et garantit son avenir en le rattachant à ses origines et à tout ce qui lui a donné sa physionomie propre.
Et d’abord, ils avaient bien choisi l’emplacement de leur ville, les vieux Médiomatriciens, à ce confluent des riches plaines de Moselle et de la Seille, sur cette colline défendue par la nature elle-même, en face de ces hauteurs qui ne leur offraient qu’une perspective agréable et formant aujourd’hui les fleurons redoutables de cette couronne qui n’a cessé de s’appesantir au front de leur chère cité.
Telle devait être en effet sa destinée : barrant l’un de ces grands chemins ouverts entre le Nord et le Midi de l’Europe, elle aurait à abriter une race vaillante, au tempérament viril, à l’esprit pratique, qui saurait exploiter sa situation pour s’enrichir en temps de paix, mais devrait se préserver toujours de l’amollissement afin de résister aux dangereuses convoitises qu’elle exciterait. De là ce caractère concentré, ces places minuscules, ces rues étroites, où l’on se serrait volontiers pour jouir en commun d’une protection plus assurée; nos anciens plans nous permettent d’en juger.
L’ardent amour que les Messins ont voué à leur cité ne vient-il pas de cet ensemble de circonstances qui ont fait de leur Metz, s’il est permis d’ainsi parler, une ville plus familiale que beaucoup d’autres ?
Les amateurs du pittoresque reverront, dans cet Album, les plus beaux environs de Metz, célébrés par les poètes sous leurs divers aspects et à différentes époques. Les anciennes vues de Metz, prises par les vieux lithographes messins et les graveurs, comparées à celles des photographes modernes, offrent un vaste champ à l’admiration et aux réflexions philosophique sur les changements que la main de l’homme et la plus dure main de l’histoire impriment, comme malgré eux, aux sites naturels, tout stables qu’ils paraissent dans leurs grandes et belles lignes.
L’amoncellement des maisons et des rues entre les deux rivières a jeté cette note pittoresque jusque dans plusieurs quartiers et carrefours et dans certaines rues: qui n’a remarqué bien des fois, entre autres particularités, les maisons de la rue des Tanneurs, si bien reproduites sur la couverture de l’Album, la Moselle derrière la Préfecture, les vues anciennes du Moyen-Pont et celle du Sas et des Roches, prise du Pont de la Comédie, etc ?
A côté du cachet pittoresque que nous signalons et qui attire si agréablement les regards quand on s’arrête ici et là sur les nombreux ponts de la Seille et de la Moselle, il faut reconnaître les efforts faits au siècle dernier et de nos jours pour donner à certains quartiers de la ville un air plus dégagé, des proportions plus grandioses: qui n’admirerait pas l’Esplanade, la série de nos quais, les portes de la ville récemment élargies, les promenades ouvertes sur les vieux remparts ? On doit ces dernières améliorations en grande partie à l’Administration militaire actuelle. Quel changement surtout à la Porte des Allemands et à la Porte Serpenoise, où les vieux Messins recherchent en vain d’antiques et glorieuses inscriptions ! Après les transformations de la Porte de Thionville et l’élargissement de la Porte Mazelle, faut il attendre ce qu’on nous fait espérer ou ce dont on nous menace, la démolition des remparts de la vieille Pucelle ? Ah ! Il était temps que cet Album parût pour conserver, par des vues historiques et contemporaines de ce qui a été, le souvenir de ce qui s’en va !
Notre vieille et bien aimée Cathédrale elle-même n’est pas à l’abri de modifications de toutes sortes, et l’auteur de cette collection a été heureusement inspiré en nous la montrant ici, dans des planches assez nombreuses, sous tous ses aspects et dans beaucoup de ses détails. Elle nous apparaît comme le plus beau témoignage du génie séculaire des Messins et des Lorrains dans cette manifestation supérieure entre tous les arts, l’architecture, qui convient mieux à l’esprit de ce peuple sérieux et pratique jusque dans ses élancements. Si l’indigène messin a fait de sa Cathédrale le centre de ses affections et comme le symbole de sa nationalité, n’est-ce point parce qu’elle traduit ses aspirations le plus nobles et les plus vives ? Que d’autres y trouvent à critiquer, lui ne peut qu’admirer cette nef incomparable par sa légèreté, son élévation qui paraît si fragile et qui cependant a su résister à l’action des siècles et aux fureurs d’un incendie récent: aussi bien n’est-ce pas l’image de sa propre âme, peu compliquée, d’apparence réservée, mais amie de la lumière et capable d’admirables résistances et d’élans généreux sans ostentation ?
Et comme ces différentes planches nous rappellent le siècle que nous finissons ! J’y revois la Cathédrale de 1837 et 1838 et la chaire où a prêché le P. Lacordaire et après lui, le P. de Ravignan, Mgr. Plantier, Mgr. Mermillod, le p. Montsabré et tant d’autres maîtres de la parole, la Cathédrale illustrée par Mgr. Du Pont des loges, ce vrai défenseur de la cité. En y regardant de plus près, on y retrouvera une multitude de choses qu’on a oubliées ou même qui ont été démolies et changées, par exemple, qui a bien fait de disparaître, mais qui avait vu de si grandioses cérémonies. Où sont les jours d’antan !
Il ne faut pas nous le dissimuler, l’incendie de 1877 et les travaux qu’il a entraînés ont ouvert une ère nouvelle dans l’histoire de la Cathédrale : le dégagement heureux de tout l’édifice, l’intelligente réparation des pignons du transept, la restauration complète et si belle du portail de la Vierge, l’achèvement de la tour, et, dans deux ou trois ans, le remplacement du portail historique de Louis XV par un portail Gothique, donnent à ce beau et immense reliquaire de pierres une tout autre physionomie. Que sera la Cathédrale de l’avenir, celle du XXè siècle ? Qui sait ? Conservons donc le souvenir du passé, du passé que nous avons vu, non seulement dans nos cœurs, mais par l’image et l’Album ; ce souvenir, léguons-le à nos descendants, c’est une part de nous-même.
Après la Cathédrale, vient le cortège de ses filles, les églises et chapelles de la ville : sans nous occuper de celles que la révolution a détruites et dont les restes se cachent dans plusieurs de nos rues, nous signaleront particulièrement la Collégiale de Saint-Vincent ; commencée en même temps que la cathédrale, mais achevée beaucoup plus rapidement, elle nous offre une belle chapelle de Sainte-Lucie ; Sainte-Ségolène, qui vient de rejeter son petit portail, si humble peut-être, mais d’un goût si pur et si délicat, pour permettre un agrandissement jugé nécessaire et qu’on exécute en ce moment d’après un plan grandiose ; Saint-Maximin, qui a retenti de la voix de Bossuet ; Saint-martin, avec son clocher moderne sur sa tour mutilée qui rappelait une des destructions du siège de 1552.
Toutes ces églises nous redisent par leur style même la piété des Messins au Moyen-âge. D’autres époques et d’autres styles nous ont laissé des preuves du même genre : l’Oratoire des templiers pour une époque plus ancienne, Notre-Dame et Saint-Clément pour la période moderne et les formes que la renaissance substitua au style ogival, surtout l’exquise chapelle de Sainte-Glossinde, rarement reproduite et si belle dans les harmonieuses proportions de sont style Grec.
Si nous passons des églises aux monuments publics et aux œuvres d’art, nous rencontrerons encore, de ci, de là, des choses intéressantes : nous saluerons des artistes messins en admirant plusieurs des statues qui décorent l’Esplanade, le jardin Boufflers ; nous trouverons originale et curieuse la place de la comédie, avec sa belle fontaine, le théâtre, les bâtiments qui l’avoisinent, le canal ; grandiose et un peu froide la place d’Armes avec Fabert dont on vient de surélever la statue, comme pour le glorifier davantage, et qui se dresse, héroïque et fier, entre la Cathédrale et notre bel hôtel de ville, comme pour redire à Dieu et au peuple la conduite et les paroles qui ont illustré ce noble enfant de Metz ; ensoleillé et donnant un air dégagé à notre ville si resserré, la place Royale, que Ney garde toujours.
Mais tout cela , nous dira t'on, c’est le Metz de la restauration, de Louis-Philippe, de l’Empire ? Eh ! Oui, c’est le Metz d’avant le déluge, et ceux dont les cheveux ont blanchi parce que la tempête de 1870 les a arrachés du sol natal, seront heureux, au foyer qu’ils se sont fait en France, de retrouver sur les plages de cet Album les maisons et les édifices qui abritent leurs meilleurs souvenirs, les rues et les places où ils ont vécu les heures le plus joyeuses de leur jeunesse. Ils seront heureux surtout de retrouver ici plusieurs monuments de l’année terrible : les souvenirs douloureux font souvent plus de bien au cœur que les souvenirs de joie; l’homme a besoin parfois de sentir des larmes mouiller sa paupière, et nous sommes assuré que plus d’un vieux messin versera des pleurs sur les planches qui rappellent les monuments élevés à nos grands concitoyens de l’année terrible, Maréchal et Bezançon, en qui s’était personnifiée l’âme de la cité. Ceux qui n’ont pas vu les tristes jours du blocus et de la catastrophe peuvent s’en faire quelque idée en contemplant les vues des camps qui entouraient la ville et de la grande ambulance des wagons sur la place Royale et l’Esplanade. Là, que de vertus héroïques ont honoré l’humanité, et parmi les blessés et les mourants, et parmi les médecins et le clergé, et surtout parmi les Dames de Metz !
Et à tous ceux de France qui ont laissé chez nous quelqu’un des leurs, cet Album montrera les monuments élevés à la mémoire des soldats morts dans l’exercice de leur devoir; il rassurera les mères et les sœurs; il leur dira que nous honorons ici comme il convient, la cendre des héros tombés pour la défense de la patrie et que nous leurs gardons un affectueux et reconnaissant souvenir.
L’historien trouvera aussi une vraie satisfaction à parcourir cette collection.
Sans doute les nécessités de la défense militaire ont amené à plusieurs reprises la ruine de tous les abords de la place et de grandes modifications à l’intérieur, il n’est rien resté des monuments Romain ou même ceux qui abritèrent dans nos murs la grandeur des rois d’Austrasie. Cependant les Arches de Jouy sont là pour attester hautement la grandeur et l’importance de notre ville sous les Romains; le nom resté à notre rue des Thermes y joint son témoignage, de même toutes les substructions que notre sol renferme et qui nous font comprendre comment la vieille cité des Médiomatriciens parut aux rois d’Austrasie capable de relever leur trône naissant.
La République messine du Moyen-âge a laissé plus de traces et son cachet original marque encore bon nombre de maisons comme ont peut voir ici à l’hôtel Saint-Livier, aux arcades de la place Saint-Louis, au portail de Saint-Nicolas, sans compter une partie des remparts et ce que le génie militaire a respecté des anciennes portes de la ville.
Il s’est heureusement trouvé parmi nos concitoyens un homme d’étude et de talent qui a su joindre à une modestie parfaite un profond amour de sa vieille cité et qui a pu faire revivre par la plume ou le pinceau toute l’histoire messine. M. Migette - honneur à sa glorieuse mémoire ! - M. Migette a entrepris et réussi une œuvre difficile : recueillant le peu de monuments qui nous restent des époques anciennes et s’aidant de toutes les indications historiques, il a réussi à nous doter d’un vrai musée, œuvre unique et bien digne d’attirer une part de l’amour que les messins ont pour leur patrie. Il est bien regrettable que cet Album n’ait pu nous en donner que des reproductions trop réduites et dans un ordre trop respectueux de la chronologie.
Indiquons d’abord la construction des arches de Jouy par une légion Romaine, puis le sac de Metz par Attila : c’est l’aspect qu’offrait la ville Romaine au devant de la porte Scarponaise, avec les tombeaux bordant la voie, suivant la coutume des Romains, et l’amphithéâtre peu éloigné. C’est ensuite, avec plus de détails, la République messine au moment solennel de l’élection de son premier maître-échevin, en face de l’ancienne Cathédrale, au milieu des bâtiments que le XIè siècle a pu voir; on nous montre ce qu’était vers la même époque le haut de la ville avec le palais des rois d’Austrasie dans le massacre des juifs par les premiers croisés. C’est sur la place de Chambre que se joue le mystère de Saint-Clément au XIIIè siècle. Charles IV, à Metz en 1356, proclamant la Bulle d’Or nous fait revoir le quartier du Champ à Seille, tel qu’il fut jusqu’à la construction de la caserne Coislin. Les préparatifs du siège de 1444, en nous ramenant vers les prés Saint-Symphorien, nous donnent une idée des sacrifices que les principaux sièges de la ville lui ont infligés en désolant ses abords. La peste de 1509 fournit l’occasion d’exposer quelques traits curieux des mœurs de nos pères dans le cadre de l’île du Saulcy où, plus heureux que nous, ils avaient libre accès. Le cortège de l’entrée de Charles Quint passe dans les mêmes parages où le Moyen-Pont a encore ses quatre tours de défense. Peu après un nouveau cortège présage la fin de la République messine qui devait précéder le grand siège de 1552 où nous voyons le Duc de Guise accueillir sur la brèche du rempart Serpenoise le courageux Ambroise Paré. Mais ce grand changement politique, quoique facilité par la communauté de langue, de religion et des relations de toutes sortes, ne fut pas sans douleur pour les patriotes messins. Cela ne peut excuser la trahison des frères Baudes, mais il faut placer là la fin de l’histoire civile et militaire de Metz, comme Migette semble le faire en arrêtant à ces évènements de 1552, l’un des tableaux où il résume toute l’histoire messine ? Si celle-ci commence à l’invasion Romaine, elle peut aussi bien, et par de belles pages, continuer après 1552. Nous trouvons donc plus juste la pensée de cet autre dessin où Migette a groupé les faits mémorables de l’histoire de l’église de Metz. Inutile d’énumérer toutes les figures qu’un tel ensemble réunit d’une manière nécessairement confuse, depuis les Druides jusqu’au Cardinal de Montmorency. Ici, l’époque Française est représentée, et certes avec gloire, par des évêques comme d’Aubusson, de Saint-Simon, de Coislin, dont les fondations tiennent encore tant de place sur le sol de Metz; par Bossuet déjà célèbre comme chanoine de Metz; enfin par les auteurs soit de notre histoire de Metz, soit de l’histoire de nos évêques.
Ah ! Quelle mine précieuse que ce musée Migette pour qui voudrait faire une histoire complète de Metz et du pays environnant; ce serait une œuvre digne d’un vieux Messin, ami des arts et de la Patrie. Il serait temps de s’y mettre : nous vivons si vite et la poudre, comme la foudre, emporte tant de choses.
Les ambitions de M. Bergeret qui a fait cet Album ont été moindres. Qu’a t’il voulu ? Faire une œuvre de science ? Non, il n’en a pas eu l’idée et il nous présente son travail sans aucun appareil scientifique. Faire une œuvre d’art ? oui, en ce sens qu’il s’est entouré d’artistes comme MM. Prillot, photographe à Metz (MM. Prillot doivent une partie de leurs clichés à M. Marmand, si avantageusement connu à Metz, dont il ont repris la maison et continué les heureuses traditions), comme ceux de la maison Royer, à Nancy, en ce sens encore qu’il a reproduit beaucoup de très belles œuvres et qu’il offre aux amateurs des plaisirs délicats; toutefois il n’a pas la prétention de nous donner ce qu’on appelle l’œuvre d’un maître ou d’un artiste hors ligne.
Qu’a t’il donc fait ? Et n’aurai je pas indiqué la pensée qui a présidé à la préparation de cet Album, n’aurai je pas nommé l’âme de son travail en disant que c’est un acte de piété filiale envers notre chère et bien aimée Patrie ?
A ce titre, combien il mérite la gratitude et le succès, je ne saurais le dire, mais je souhaite pour l’auteur que cette belle collection ne soit que le prélude d’une œuvre de scientifique allure et qu’elle apparaisse, à un futur historien de Metz, comme l’annonce et la promesse d’un splendide commentaire illustré.
L’Abbé Henri COLLIN (dir. Du Lorrain)
Metz, le 29 novembre 1896.


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